Briançon - Chamonix

Alors que je réfléchissais depuis plusieurs semaines à organiser une aventure à faible impact carbone, l’idée de rallier Chamonix pour la semaine de l’UTMB m’est apparu comme une évidence. Après avoir passé quelques heures à étudier le parcours que je voulais emprunter, il ne me restait plus qu’à appeler les différents refuges pour organiser mes nuitées et avoir un aperçu plus détaillé de mes journées.. L’objectif est simple : partir de la maison à Briançon le lundi et arriver à Chamonix avant dimanche soir.

C’est une partie des Alpes que je connais moins bien. Allez savoir pourquoi, mais j’ai toujours été davantage attiré par les Alpes du Sud. Je décide donc de faire confiance à mon instinct et de ne pas suivre complètement le tracé du mythique GR5. J’essaie d’être le plus direct possible mais les hauts sommets et les glaciers de la Vanoise font que l’itinéraire se doit de serpenter tout de même légèrement. J’essaie d’être raisonnable dans la programmation de mes journées. Je ne souhaite pas avoir le sentiment de me sentir trop contraint par une barrière horaire fictive mais possiblement réelle à cause de l’heure d’arrivée dans les refuges. En montagne, j’ai toujours préféré voyager un peu plus léger et privilégier le ‘confort’ d’un bon repas et d’une nuit de sommeil au chaud plutôt que la rudesse et la magie du bivouac. C’est pour çà que je suis tout de même contraint par la présence de nuitées disponibles dans les refuges qui se situent sur l’itinéraire.

En m’élançant dans cette aventure, je n’ai pas vraiment l’impression de réaliser quelque chose de différent. J’ai seulement le sentiment de suivre ma boussole intérieure et d’être en phase avec ce qui m’anime. Me déplacer par mes propres moyens et découvrir la nature environnante à quelques lieues de son lieu de vie. Le défi sportif reste quand même sérieux avec un enchaînement de 7 jours de marche et des ratios relativement conséquents. Mais cette partie ne m’effraie pas. J’espère juste être épargné par la météo et pouvoir réaliser mon défi personnel jusqu’au bout.

La première étape me permet donc de m’élancer de Briançon le 15 août 2022 sous un franc soleil.

Etape 1 | Briançon - Haute Vallée Etroite | 31km - 2200 D+ | Nuit au Refugio I Re Magi

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Quelle satisfaction de partir sac sur le dos, directement depuis la maison. Ce lundi 15 août annonce les prémices d’une belle semaine de randonée et cette première journée semble déjà arborer tous les bons ingrédients d’une parfaite entame. Alors que le soleil fait déjà son apparition, j’entame la première montée vers les crêtes de Peyrolle (qui sont situées juste au dessus de la maison). Une ascension exigeante de deux heures pour me retrouver sur des crêtes aériennes qui m’offrent un panorama déjà saisissant. Je ne suis pour l’instant pas trop dépaysé car j’évolue en terrain connu. Ce sera d’ailleurs le cas pendant toute cette première journée mais le plaisir n’en est pas moins important. 

La principale difficulté du jour s’est faite ressentir dans les descentes, où mes cuisses m’ont fait comprendre que le trail de la veille n’était sûrement pas la manière la plus adaptée pour préparer cette traversée. Le Trail des Etoiles à Molines a laissé quelques séquelles que j’ai pu ressentir au fil de la journée. Mais un bon repas copieux et une bonne nuit de sommeil dans le refuge m’ont permis de vite recharger les batteries.

Vue sur la Clarée depuis le col de l'Oule dans les Hautes Alpes

Vue sur la vallée de la Clarée depuis le Col de l’Oule



Etape 2 | Haute Vallée Etroite - Refuge Péclet Polset | 35km - 2600 D+ | Nuit au Refuge Péclet Polset

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Pour cette deuxième journée, le soleil sera encore au beau fixe pour m’accompagner sur cet itinéraire que je vais découvrir. J’aime la fraîcheur et la quiétude du départ, quand le soleil ne semble illuminer que les crêtes environnantes. Le fond de vallée est frais, bercé par l’insouciance d’une nuit qui peine à se prolonger. Le sentier s’élève vers le col de la vallée Etroite, qui me fera basculer dans un univers que je connais trop peu : la Savoie. 

Quelques minutes après le départ, peu avant le col de la Clarée.

Je m’éloigne de mes repères, je quitte la région SUD à laquelle je suis tant attaché. J’ai cette sensation que le chemin va me mener vers une découverte permanente, rythmé par une envie de rallier mon point d’arrivée. Une fois passé le col, j’entame une longue descente vers la vallée de Modane. Ce n’est pas la portion la plus fascinante mais je m’étais noté de ne pas suivre l’itinéraire classique du GR5 afin d’éviter au maximum la partie urbaine de Fourneaux / Modane. Je réussis donc à prendre ce sentier qui mène au fort du Replaton pour ensuite retrouver le GR et une longue montée dans la forêt où la chaleur se fait vivement ressentir. J’hésite à m’arrêter manger un bout au refuge de l’Orgère mais je préfère continuer sur ma lancée et enchaîner avec la montée vers le col de Chavière. L’entrée dans le Parc national de la Vanoise est imminente et je suis heureux de vivre cette découverte. 

La bascule vers le refuge est un peu longue et la descente dans cet amoncellement de cailloux et de pierres est intense mais c’est une récompense que je savoure grâce à cet environnement nouveau. J’arrive bien entamé au refuge mais avec le sentiment d’une bonne journée dans les jambes. L'enchaînement depuis dimanche commence à se fait sentir mais la sensation d’une liberté retrouvée est enivrante. Je sais que la météo ne sera pas toujours mon alliée alors cette nouvelle journée ensoleillée sonne comme une victoire réconfortante.


Dernière descente de la journée, peu de temps avant le refuge pour ma deuxième nuit.

Etape 3 | Refuge Péclet Polset - Refuge de la Leisse | 34km - 2000 D+

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Cette nouvelle journée débute par une longue descente sur une piste carrossable qui me mène vers un autre refuge. Cette journée me menèra d’ailleurs de refuges en refuges, de découvertes en découvertes, de dépaysement en dépaysement. Je garde un rythme régulier et constant qui me permet de savourer les différents passages. N’ayant pas écrit mon journal de bord au fur et à mesure, je ne me souviens pas vraiment de quelles ont été mes pensées lors de cette journée, mais je me souviens m’être accordé ce temps de pause nécessaire et réconfortant au refuge du col de la Vanoise. Un endroit qui m’est apparu chaleureux et moderne pour un refuge. 

Vue sur le Glacier des grands couloirs - Vanoise

La tentation de prolonger le plaisir était forte mais la route était encore longue avant d’arriver à ma prochaine étape. Il me restait encore une descente et une longue portion de montée vers le refuge de la Leisse (2487m). En arrivant sur place, je découvre un refuge aux antipodes du précédent. Resté rustique et à taille humaine, mon esprit ne peut s’empêcher de regretter quelque peu le confort presque démesuré du refuge du col de la Vanoise. Mais cette expérience est une découverte totale tout autant qu’un apprentissage sur mon organisation. Je choisis souvent les refuges en fonction de mon kilométrage et de mes planifications journalières et de la disponibilité évidemment mais peut-être qu’une autre stratégie pourrait s’appliquer dans le choix des hébergements futurs. 

De toute façon, je dispose de tout le nécessaire pour recharger les batteries. Un bon repas et un lit pour dormir au chaud. Le reste n’est que superflus. Et demain, la pluie risque de s’inviter à la fête pour arroser un peu ce début de semaine. 

Ce qui est chouette, c’est que j’ai l’impression que ma démarche est singulière. Je ne croise en effet personne effectuant le même itinéraire que moi. Je réalise que, peut-être, parmi les milliers de personnes réunies à Chamonix la semaine prochaine, je serai le seul à avoir effectué cette démarche bas carbone. Je ne ressens pas de fierté par rapport à cela. J’ai simplement la sensation que j’effectue quelque chose qui fait sens pour moi, qui est aligné avec mes valeurs du moment. Cette démarche me prouve aussi que, avec de la volonté, un peu d’organisation, beaucoup d’envie et du temps, les choses peuvent se mettre en place de façon fluide. Le chemin est encore long car je n’ai effectué que la moitié du trajet mais ma petite voix intérieure me dit que le défi est déjà gagné. J’ai tendance à minimiser l’aventure. Il ne s’agit au final que d’une longue randonnée d’une semaine à travers les Alpes, avec le confort des refuges et la simplicité de suivre des sentiers souvent traçés. Mais tout de même, je ressens une petite satisfaction de savoir que durant toute cette semaine, j’ai suivi mon instinct et mes valeurs pour m’accorder cette parenthèse solitaire.

Etape 4 |  Refuge de la Leisse  - Refuge de la Turia | 28km - 1600 D+

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La journée la plus courte. La transition. Involontaire mais bienvenue. Après Névache et Modane, me voilà à traverser une nouvelle aire urbaine : Tignes. J’étais venu skier ici dans un passé assez lointain mais je n’en avais gardé aucun souvenir. Ce passage n’est d’ailleurs pas très marquant. Aujourd’hui je presse le pas afin d’éviter la pluie qui est annoncée dès le début de l’après-midi. J’aurais aimé prendre le temps, m’arrêter déjeuner à Tignes et continuer ma route sans avoir cette sensation de me presser. 

Tignes

Mais je crois qu’au fond de moi je voulais réussir à éviter la pluie, au moins pour aujourd’hui. 

Spoiler, mission ratée. La pluie s’est invitée peu après mon passage à Tignes et j’ai effectué toute la dernière montée avant le refuge sous une légère pluie fine parfaitement humide. D’ailleurs, l’arrivée aux abords du refuge de la Turia est digne d’une scène de randonnée dans les Highlands Ecossais. Pas de visibilité à plus de dix mètres. Je n’aperçois le refuge qu’au dernier moment. Le brouillard est oppressant. Étouffant. Mais l’arrivée au refuge me permet de retrouver le confort d’un lieu abrité et chaud. Je profite de mon arrivée pas trop tardive pour demander un bon plat chaud. J’aime l’intimité des refuges. Mais je suis frustré de ne pas pouvoir apprécier la vue. Je me dis que ce lieu mérite d’être découvert. Loin des pistes fréquentées, loin des sentiers principaux, il s’inscrit dans un registre un peu différent et singulier. Et parait-il qu’on y voit le Mont Blanc…

Etape 5 | Refuge de la Turia - Refuge de Presset | 38,5km - 2700 D+

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La plus longue, la plus humide. Malheureusement, la météo n’a pas choisi le bon jour pour me faire plaisir. Pour cette journée un peu plus longue que les autres, la pluie aura été ma compagne de proximité. Aucune visibilité, aucun rayon de soleil, uniquement de la bruine, de la pluie, un peu de vent et beaucoup de persévérance pour aller jusqu’au bout de cette longue journée.
Je relativise en me disant que cette mauvaise météo ne m’empêche pas pour autant de marcher. Je dois faire preuve de vigilance tout au long de la journée, d’autant plus que je ne connais pas du tout les sentiers mais du moment que l’orage ne gronde pas, cela ne me dérange pas vraiment. Le brouillard est tout de même épais, et je manque parfois de visibilité mais la progression reste constante.

Aujourd’hui, je traverse une nouvelle ère urbaine : Bourg Saint Maurice. Je fais en sorte de ne pas m’y attarder trop longtemps. Juste le temps de prendre quelques vivres à la Biocoop avant de m’engager dans cette longue montée qui me mènera au Passeur de Pralognan. Avec cette météo capricieuse, j’ai du quelque peu modifier mon itinéraire. J’aurais aimé quelque chose de plus direct et un peu plus sauvage par moments mais j’ai du me raisonner pour choisir les sentiers les plus évidents.

Je me rappelle avoir été satisfait de mon approche mentale. Aucune visibilité durant toute la journée mais une motivation et une abnégation solide pour garder le cap et arriver au Refuge. Cette journée, c’était vraiment un bras de fer avec mon mental pour faire en sorte de ne rien lâcher. Le genre de journées qui marque au fer rouge et qui nous rappelle que peu importe la météo, être dehors est le plus beau des cadeaux que l’on puisse se faire. 

Etape 6 | Refuge Presset - Refuge Tré de la Tête  | 30km - 1700 D+

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Avant dernier jour. Le départ me semble désormais très lointain. Et le calme et la quiétude de Refuge de la Turia ou du refuge de la Leisse ont laissé place au tumulte et à l’agitation du tour du Mont Blanc. Après une première partie de journée à surplomber le lac de Roseland, la deuxième partie me fait prendre conscience de l’hyper-activité qui rôde autour du maître des lieux. Je croise beaucoup de groupes et beaucoup d’étrangers sur les sentiers. Certainement que beaucoup d’entre eux effectuent le tour du Mont Blanc par son itinéraire classique. Heureusement, la portion surpeuplée ne durera pas très longtemps et après avoir passé le col du bonhomme et entamé la redescente vers les Contamines, le tumulte s’est quelque peu estompé.

Je commence à ressentir une forme de satisfaction avant de passer cette dernière nuit en refuge avant l’arrivée à Chamonix. Les journées se sont bien enchaînées, je n’ai eu ou ressenti aucune douleur si ce n’est quelques tensions dans le dos. Mais je suis toujours impressionné par ce que notre corps et notre tête sont capables d’endurer ou de produire comme enchaînement d’efforts quand on y met la bonne motivation.

Cette aventure est née un peu au dernier moment mais j’avais vraiment à coeur de vivre quelque chose qui résonnait fortement en moi. Le trail est un sport extraordinaire qui permet de repousser ses limites, de découvrir de merveilleux endroits, d’être un peu plus en connexion avec son environnement mais en prenant une dimension de plus en plus internationale, certains travers de la pratique commencent à émerger. On le sait, le sport de haut niveau n ‘est pas réellement compatible avec une logique de respect de l’environnement. Mais le trail a cette particularité d’être parfois aux premières loges des transformations de notre milieu naturel. Quand on sait que le transport est la cause principale des émissions de CO2 imputable à un évènement, venir à pieds me permettait d’être totalement aligné avec mes convictions.

Vue sur la Pierra Menta à l'aube

Vue sur la Pierra Menta à l’aube

A la veille de mon arrivée, je suis à la fois impatient de retrouver les membres de la TEAM NAAK pour vivre mon premier UTMB de l’intérieur. Mais je suis également déjà un peu nostalgique que cette aventure se termine. Je sais que je vais passer du calme de mes pérégrinations montagnardes à la cohue du salon de la capitale mondiale du trail. Un écart saisissant sans transition mais qui m’aura permis de vivre une semaine en reconnexion avec mon for intérieur, certain que la marche est le plus puissant des antidotes.

Etape 7 | Refuge Tré de la Tête - Chamonix !!!!  | 34km - 1900 D+

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Cette dernière journée a une saveur particulière. J’ai l’impression que chaque pas me rapproche du but, mais m’éloigne de cette sensation d’alignement. Je vais basculer dans la frénésie du salon alors que chaque matin, j’étais seul pendant de long instants avant de croiser les premiers randonneurs de la journée. Mais je dois avouer que la sensation est également décuplée par la proximité avec le Mont Blanc et les glaciers environnants. La météo est à nouveau clémente, avec de beaux et francs rayons de soleils qui viennent caresser les épaules du point culminant de la vallée.

Il y a certes plus de monde sur les sentiers et je ressens beaucoup moins cette sensation de quête solitaire du début, mais l’excitation est palpable. Les alentours de Chamonix à quelques heures du début de la semaine de l’UTMB peuvent s’apparenter à une petite fourmilière. Mais la dernière descente me procure une joie intense, pure et puissante. Ce projet n’avait pas réellement d’antériorité. Il s’est manifesté en début d’été, comme un cadeau que je m’offrais. Comme une nouvelle parenthèse solitaire en montagne pour ressentir cet élan vital qui m’amine quand je marche sur les sentiers. Ce qui est beau dans la réalisation d’un objectif intime et personnel, c’est que la satisfaction est totale. Je sais que je n’ai pas fait cela pour être remarqué ou pour gagner en visibilité ou toute autre démarche égocentrée. Je l’ai fait car c’est ce qui résonnait profondément en moi à cet instant T. La marche m’a une nouvelle fois montré que c’est une des façons les plus remarquables de ce sentir en vie et connecté aux éléments et à nos racines profondes. En écrivant ces lignes, je pense déjà à la prochaine aventure. Celle qui me correspond, celle qui m’appelle. Jamais dans l’univers de l’extraordinaire, mais simplement dans le monde de la simplicité et de la proximité. 


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